Cette rubrique est consacrée à l'évolution de l 'islam en Europe. Nous savons que l'islam s'est installé très tôt en Europe. La conception de la géographie évolue avec le temps. Au temps de l'empire romain, la Syrie et l'Afrique du Nord étaient regardées comme faisant partie du monde occidental, sinon de l'Europe géographique, l'Orient véritable - non-occidental - ne débutant alors qu'avec les frontières du monde iranien. L'islam, lorsque ses armées envahirent les provinces est et sud de l'empire romain, s'installa en Occident. Il pénétra dans l'Europe géographique en franchissant le détroit de Gibraltar au septième siècle, puis le détroit de Sicile au neuvième. La civilisation islamique connut un moment de grande prospérité dans le sud de l'Espagne et en Sicile. Profitant des infrastructures léguées par l'empire romano-byzantin dans ces deux régions, exploitant des sols très anciennement riches et organisés, le pouvoir musulman profita habilement d'un legs occidental. Séparé par les eaux de la Méditerranée des steppes de l'Afrique du Nord, il évita en Europe le danger représenté en Afrique par les peuplades nomades - vecteurs principaux de l'islamisation dans ces régions - qui y anéantissaient lentement les bases de la civilisation sédentaire. Hélas pour lui, l'Andalousie et la Sicile était très décentrées par rapport au cœur du monde musulman. Elles étaient pas là vulnérables aux attaques venues de l'extérieur de ce monde. L'aristocratie chrétienne hispanique en Andalousie, l'aristocratie chrétienne normande en Italie du Sud - héritière de l'autorité byzantine - détruisirent la civilisation musulmane dans ces deux régions avant le seizième siècle.
L'islam reprit pied en Europe au moment de l'expansion ottomane dans les Balkans, entre le treizième et le dix-septième siècle. Conquérant le monde byzantin, le royaume des Bulgares, le despotat de Morée, les principautés albanaises, le royaume de Serbie, le royaume de Hongrie, les principautés roumaines, la Russie du sud, les Turcs et leurs alliés Tatars implantèrent leur religion au moment de la grande réorganisation socio-religieuse qu'ils imposèrent à ces régions. Quand les armées habsbourgeoises commencèrent leur marche vers le sud, quand la Serbie se souleva, quand la Grèce fit de même, quand le pouvoir russe - fortifié par Pierre le Grand - entreprit de reprendre son Sud, quand les armées russes libérèrent les Bulgares, les communautés musulmanes installées à l'ombre du pouvoir ottoman eurent le choix entre la soumission ou la fuite. Beaucoup d'entre-elles choisirent de fuir vers l'Anatolie. Beaucoup demeurèrent sur place, acceptant la nouvelle autorité. En Bulgarie, en Bosnie, en Albanie, en Grèce subsistèrent des poches d'islamité.
La troisième vague islamique qui déferle sur l'Europe est, pour l'essentiel, pacifique. La conjonction de l'expansion démographique au sud de la Méditerranée, de l'attrait du mode de vie occidental et capitaliste, de la fuite devant la désorganisation et la violence générées par les structures politiques nées de la décolonisation amène en Europe une masse de migrants de confession musulmane.
Cette rubrique traitera plus particulièrement des communautés récemment immigrées sur le sol européen, de celles qui constituent des résidus de la domination ottomane, et des traces culturelles laissées par la première vague islamique en Italie et en Espagne. La conquête islamique armée en Europe et ailleurs sera traitée dans une rubrique particulière, le processus de la reconquête chrétienne entrera dans la rubrique consacrée aux diverses croisades. M.X.Villan 4.03.2008
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